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L’abus de loyer peut nuire à la qualité de vie

 

Chers français.es, francophones et ami.es du français,

Si vous habitez Berlin ou une autre ville d’Allemagne, vous êtes peut-être dans la situation désagréable de payer trop de loyer. 400 ou 500 € pour une chambre en coloc, ça commence à friser les niveaux parisiens. Quand il y a jusqu’à 900 personnes qui postulent pour un appart, c’est qu’il y a un réel problème. Et quand il manque 1,9 millions d’appartements en Allemagne, selon une étude de la Hans-Böckler Stiftung, c’est qu’il y une crise du logement, mais ne dont sont que victimes les locataires.

C’est pour cela que nous avons fondé la Wohnraum-Verteidigungs-Liga. En français cela correspond à La Ligue de Défense du Logement. Une liste électorale destinée à participer aux élections européennes de mai 2019. Nous, c’est une vingtaine de personnes issues des mouvements s’opposant à la crise du logement fourmillant en Allemagne et dans la capitale. Certains d’entre nous sont des vétérans des mouvements sociaux, aguerris aux actions pacifiques, d’autres sont de fraîches recrues, venant tout juste de se rendre compte de la portée de cette crise, qui à terme, peut nuire à la stabilité sociale.

On en est pas encore là heureusement. Et c’est pour aider à inverser la tendance que nous avons pris la décision de fonder la W-V-L et de participer aux scrutin du parlement européen. Les raisons de ce choix seront expliquées plus bas. D’abord un peu d’histoire et un peu de sociologie comparative, désolé.

Les origines de la crise

La situation actuelle est en grande partie provoquée par d’aberrantes politiques du logement des deux dernières décennies. Les responsables des grandes agglomérations ont pris des décisions très malheureuses, la plus nuisible ayant été de brader la majorité des parcs immobiliers municipaux dans les années 1990 et 2000. Les communes avaient alors besoin  de beaucoup d’argent. Berlin était accablé par une dette faramineuse, 60 milliards d’euros, et d’autres villes allemandes étaient dans des positions similaires. Elles ont pour la plupart cédé aux sirènes du tout-privé et liquidé l’argenterie.

Un marché hyper-attractif

À cela s’ajoute l’immense attractivité en termes de rentabilité du marché immobilier allemand, longtemps sous-évalué et actuellement presque unique au monde. Les investisseurs qui ont acheté de l’immobilier au milieu des années 2000 ont pu tripler leur mise quelques dix années plus tard. Dans les quartiers côtés le prix du mètre carré tournait autour des mille euros, il est aujourd’hui à 3500 et plus. Une nuée d’investisseurs s’est abattue sur le pays, issus du monde de la finance et parfaitement rodés aux méthodes de maximisation du profit.

Le marché immobilier devient de plus en plus financier

Des fonds immobiliers ont acheté à des prix ridicules des paquets de logements sociaux qu’aujourd’hui ils pressent aujourd’hui comme des citrons. Le simple fait qu’on pense à recommunialiser de très grands groupes immobiliers côtés en bourse tels que Vonovia, Deutsche Wohnen et LEG en dit long. Leur gestion est très agressive : ils maximisent systématiquement le rendement pour satisfaire actionnaires et créanciers, voient dans les logements essentiellement des sources de revenus et atteignent des taux de profit allant de 25 à 40%. Un niveau hors de portée de la grande majorité des entreprises.

En même temps, expression à la mode, ils ne subviennent à leurs obligations qu’à contre-cœur. De nombreux investisseurs de taille plus modeste se sont engouffrés dans la brêche. Ils ne craignent pas la moindre comparaison en termes de méthode. Cependant, la majorité des petits propriétaires d’immeubles sont la plupart du temps tout à faits corrects. Mais ils s’adaptent au marché : la possibilité d’aligner les prix sur ceux du marché lors de nouvelles locations, et la tentation de vendre aux prix actuels – qui paraissaient impossibles il y a quelques années – est sans doute trop forte.

Un peu de sociologie comparative

Pour les ressortissants des pays ayant la culture de la propriété comme la France et la Belgique, les plus-values possibles en Allemagne doivent sembler merveilleuses. Ils auront peut-être même une admiration pour les acheteurs ayant su flairer l’aubaine, tant la culture de l’achat y prédomine. Mais l’Allemagne est traditionnellement un pays de locataires. Selon l’adage : en ville on loue, à la campagne on achète. 47 % des allemands louent leur logement, à Berlin, ce sont même 85 %, un des plus hauts taux d’Europe.

Les évolutions actuellement en cours à Berlin sont achevées depuis longtemps dans les villes françaises – et totalement acceptées. Des cœurs de ville très chers, 9 000 € le mètre carré à Paris , des périphéries de plus en plus abordables selon leur distance du centre. En un mot, c’est la hauteur du revenu qui décide de la distance du cœur de ville. Plus on pèse lourd, moins la trajectoire est longue en quelque sorte, les plus pauvres étant projetés en banlieue.

La tradition du mélange social
En Allemagne, et surtout à Berlin, la mixité sociale a longtemps été la règle. Il y a bien sur toujours eu des beaux quartiers, mais dans les centres se cotoyaient les bien et les moins bien lotis. Dans le cas de Berlin, cette mixité est même inscrite dans la DNA de la ville. L’urbaniste qui a dressé les plans de la ville dont la population a decuplé au cours du 19ème, James Hobrecht, était en plus d’être architecte un doux idéaliste. On lui prête la phrase: “Je souhaite que le professeur d’université et l’ouvrière habitent dans la même maison. Qui sait, peut-être que le fils de l’ouvrière, s’il a les aptitudes, profitera de la proximité du professeur.” Il suffit d’aller à Kreuzberg pour voir ce rêve devenu réalité, du moins ce qu’il en reste. Une rue huppée succède à une adjacente, bien plus populaire.

Un alignement sur les capitales européennes
Mais ce rêve est en train de s’estomper sous nos yeux. Avec un peu de patience on peut assister à la dislocation au ralenti de voisinages entiers. Les habitants les plus modestes ne peuvent plus se permettre les loyers – qui ont augmenté en moyenne de 63% entre 2008 et 2018. Ils déménagent, en périphérie bien sur, quand ils ne sont pas évincés par voie de justice par des propriétaires peu scrupuleux. Selon le spécialiste de la gentrification Andrej Holm, professeur à l’université de Humboldt, le remplacement de la population dans le quartier de la capitale allemande Prenzlauer Berg a atteint les 80 % depuis la chute du mur. Pour les adeptes de l’hypothétique grand remplacement, en voilà un de bien réel, et qui n’est pas mû par la race ou la religion, mais par le pouvoir d’achat. Et il faut bien le dire, sans verser dans la simplification, par l’appât du gain et le manque de scrupules de certains investisseurs, tant les bénéfices possibles à Berlin sont juteux.

La réaction des habitants
C’est pour lutter contre cette évolution que d’innombrables initiatives de locataires ont surgi à Berlin et d’autres villes. Au bout de trop nombreuses années, leur ténacité et leur inventivité a fini par provoquer un changement jusque dans le gouvernement de Berlin. Ainsi le maire actuel, Michael Müller, réfléchit à voix haute au rachat d’appartements anciennement sociaux des grands groupes de logement privés, alors que lui-même était en poste au moment de la grande braderie des années 2000 à un poste moins élevé. C’était impensable il y a quelques années encore, mais le vent tourne, et les responsables s’adaptent. Tout comme ils se sont adaptés à la privatisation.

La fragilité structurelle des locataires
La principale faiblesse des ces innombrables groupes est leur éclatement. Il y a bien sûr une tentative de les unir, mais 95% de leurs membres prennent sur leur temps libre et le font bénévolement. Ils ont déjà suffisamment à faire pour défendre leur propre logement et ont de plus des positions politiques très divergentes. En face, il y a des professionnels qui travaillent à temps plein, bien et même excessivement bien rémunérés. Nouvelle ironie, leur financement provient de leurs opposants: les locataires. Et comme on est pas à une ironie près, ceux-ci constituent en Allemagne le plus grand groupe social, bien qu’il ne soit pas organisé. Les assocations de locataires professionnelles, tels le Berliner Mieter Verein (BMV) ou la Berliner Mietergemeinschaft, ne travaillent que dans leur région. L’association chapeautant les assocations des locataires, le Deutscher Mieterbund (DMB), fait essentiellement de la coordination, son comité directeur est en général pourvu de membres des grands partis qui veillent au grain.

L’idée de la liste électorale
C’est pour soutenir ce mouvement d’unification que nous avons eu l’idée de la Wohnraum-Verteidigungs-Liga et de la faire participer au élections européennes. L’idée semble en effet très séduisante, et pour plusieurs raisons.

Premièrement, on peut être élu au parlement européen avec très peu de voix. Il y a actuellement dans le groupe allemand sept partis n’ayant qu’un seul député. 185 000 voix ont suffi à faire élire l’humoriste Martin Sonneborn du parti “Die Partei”, une parodie d’organisation politique. En témoignent les slogans de sa campagne électorale de 2014 comme “Oui à l’Europe, non à l’Europe” ou encore “Blablablablablabla”. Un peu comme feu Coluche, sans le côté social, leur programme étant de n’en avoir aucun. Obtenir 200 000 voix en pariant sur le thème du moment est sans doute difficile, mais pas impossible. Cela correspond à presque 30 000 voix dans les sept grandes agglomérations d’Allemagne.

La deuxième raison est d’ordre financier, bien sûr. Nous sommes vénaux jusqu’à la moëlle épi… pardon, j’oubliais que nous sommes en période pré-electorale. Blague à part, un député de l’Union européenne dispose en plus de sa rémunération d’un budget de 24 000 € mensuels pour son équipe et ses activités. Déplacements, bureau, communication etc. Si la W-V-L parvient à obtenir un mandat, nous utiliserons cet argent pour embaucher 10 personnes à temps partiel et les placerons dans les grandes agglomérations, là où la situation du logement est la plus tendue. Ils serviront à soutenir et mettre en réseau les initiatives de locataires. Rien que la mise à disposition de locaux et une représentation dédiée uniquement à la cause des locataires serait déjà un apport précieux. Il ne s’agit pas de se substituer aux initiatives, mais de les servir. Il ne s’agit pas non plus de faire concurrence aux associations professionnelles, mais là aussi, de les épauler. Le DMB cité plus haut ne dispose que d’un collaborateur à Bruxelles – alors que n’importe quel secteur de l’économie, dont celui de l’immobilier, peut financier une floppée de lobbyistes.

La troisième raison de créer la W-V-L (les allemands sont accros aux acronymes), intimement liée à la deuxième. En facilitant l’unification des initiatives de locataires, nous pourrons les représenter à l’échelon européen, là ou bien des décisions affectant le marché immobilier directement ou indirectement sont prises, sans que les principaux usagers aient voix au chapitre. Ironie encore. En représentant les locataires allemands, et en s’alliant aux associations d’autres pays de l’UE, nous avons pour but de créer une sorte de lobby des locataires. Leur objectif sera d’instaurer au niveau européen le droit au logement à des prix raisonnables, le fameux leistbarer Wohnraum, c’est à dire 30% maximum du revenu médian. Et ce n’est pas seulement le prix qui doit être raisonnable, mais le logement lui-même, donc adapté aux besoins. Comme on ne fait pas disparaître une crise par une réglementation, il faudra bien sûr provoquer un revirement des responsables du logement en Allemagne pour qu’ils initient enfin un vaste programme de construction. Car la construction massive de nouveaux logements est essentielle pour rééquilibrer le marché, qui penche actuellement si fortement du côté des propriétaires qu’il fait glisser les locataires dans la précarité.

Les moyens de réalisation
Comment réaliser cet ambitieux projet? C’est la quatrième raison de créer la W-V-L, excusez cette technique de répétition empruntée sans vergogne aux techniques publicitaires. C’est sans doute de toutes les raisons avancées ici celle qui sera sans doute la plus efficace. Un mandat de député européen ce n’est pas rien, même si les parlementaires de Bruxelles-Strasbourg œuvrent plus ou à moins à huis clos de l’opinion publique. Qui peut citer de tête le nom de ‘son’ député européen? Si les possibilités de la fonction sont bien utilisées, on pourra déplacer des montagnes… en termes de communication. Car comme disait l’autre dont le nom commence par M, non pas lui, Montaigne, ce ne sont pas tant les événements, mais que ce que l’on en pense qui importe. Pour faire changer les choses, il faut communiquer. Et sur ce plan, un député européen dispose de moyens considérables, même s’il faut encore savoir les utiliser. Et là, nous avons une arme secrète dont nous parlerons plus longuement dans un post à suivre.

Les deux candidates de la Wohnraum-Verteidigungs-Liga
Nous en dirons tout de même quelques mots: nos candidates sont deux jeunes femmes allemandes qui ont récemment défendu leur immeuble de 140 appartements à Berlin contre un investisseur danois. Elles ont réussi à faire sortir de leur topreur leur mairie d’arrondissement afin qu’elle exerce son droit de préemption, optant pour une société immobilière municipale. Le Viking s’en trouva fort marri… mais les locataires très réjouis. Et ce qui a fait pencher la balance en faveur de cette solution, c’est la formidable campagne de presse dont elles ont été à l’origine. Presque tous les médias allemands ont couvert ce cas, alors qu’il en existe plusieurs centaines de similaires. Elles n’avaient ni poste ni moyens, juste énormément d’énergie, d’inventivité et de savoir-faire. Nous sommes curieux de voir ce que ce duo réussira à faire s’il est au parlement européen. L’une des deux est encore étudiante, dont vous trouverez le nom sur nos posters. Nous posterons plus de détails bientôt, à suivre…

Une épreuve pour laquelle nous sollicitons votre aide
Mais avant d’en arriver là, il reste un obstacle non négligeable. La Wohnraum-Verteidigungs-Liga a bien été acceptée par le comité électoral, le très fédéral Bundeswahlleiter, mais il doit encore réunir 4 000 signatures de citoyens allemands et de pays de l’UE résidant en Allemagne. Et vous, vous pouvez permettre à la W-V-L de participer aux élections dans l’espoir d’obtenir un siège. Oui, vous pouvez soutenir la ligue !

4 000 Like analogiques
Pour cela, il vous suffit de signer un formulaire officiel, téléchargeable ici, tamponné d’un oiseau germanique, sans que cela vous engage à quoi que ce soit. Nom, prénom, adresse, date de naissance, signature, puis enveloppe, timbre, boîte aux lettres et le tour est joué. Par contre que du papier, en ligne ce serait trop facile. Le Bundeswahlleiter impose cette condition pour limiter le nombre d’organisations politiques, bien qu’une liste électorale puisse être apolitique comme c’est notre cas. Et pour corser le tout, nous devons réunir ces signatures jusqu’au 27.2.2019, c’est à dire ce mercredi. Parce qu’en suite nous devons faire valider toutes ces signatures par le bureau électoral local. À malin, malin et demi…

Une campagne électorale qui détonnera
Et si nous réussissons, nous aurons le temps de la campagne électorale la même couverture médiatique que les mastodontes de la vie politique. Même si nous ne devrions pas réussir, ce serait une occasion inouïe pour mettre en avant le thème du logement à l’échelon national. Alors que les autres partis devront fractionner leur temps pour couvrir une nuée de sujets, nous n’en aurons qu’un seul, la crise du logement. Que nous pourrons traiter en profondeur… et comme nous ne sommes pas un parti et ne comptons pas en devenir un, nous n’aurons pas de bureau politique pilotant les décisions et pourrons nous en donner à cœur joie. Nous montrerons les problèmes, mais également toutes les solutions possibles. Les classiques, comme le logement social, mais les originales, comme les coopératives de logement qui représentent 9% ou 3,5 millions d’appartements du parc locatif allemand, les Wohnprojekte, sorte de colocation puissance dix, où plusieurs personnes mettent en commun leur ressources pour construire leur propre immeuble. Et de nouvelles formes de propriété participative.

Une expérience à tenter – merci de la soutenir !
Si notre tentative réussit, nous serons dans les faits une ONG parlementaire. Donc si l’idée W-V-L vous séduit – elle n’a jamais été tentée auparavant – ou même si elle vous moins, nous vous demandons de nous soutenir. Nous avons déjà plus de 800 signatures, donnez-nous le reste. Pour que la crise du logement soit plus facilement reléguée au passé.

Si vous avez des questions, attention, nous ferons un post encore plus long. Rire. Le rire, nous aimons beaucoup, d’où notre nom. Blague à part, écrivez nous un mail à kontakt@w-v-l.eu ou bien venez nous rencontrer lors de nos collectes de signatures.

Les points de collecte de signatures
Les prochaines collectes de signatures ont lieu aujourd’hui, vendredi 23.2.19, au marché du Maybachufer à Kreuzberg, et le week-end à Tempelhof entrée est / Schillerkiez et au Mauerpark.

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